«Les prévisions ne servent à rien si les chaînes de transmission et de prise de décisions ne fonctionnent pas»

E-mail Print PDF

Les échanges d’expériences sur les actions d’atténuation des effets du changement climatique et de renforcement des capacités d’adaptation des populations occupent une place de choix dans les travaux de la 17e conférence des Nations Unies sur le changement climatique de Durban. Dans le cadre de ces actions d’atténuation et d’adaptation, les applications météorologiques jouent un rôle essentiel, selon Alhassane Adama Diallo, Directeur général du Centre africain pour les applications de la météorologie au développement (ACMAD), dont le siège est basé à Niamey. Dans l’entretien qui suit, il insiste sur la fiabilité des informations météorologiques mises à la disposition des utilisateurs, mais déplore le dysfonctionnement de la chaîne de transmission et celle de la prise des décisions au niveau des pays africains.                 
Flamme d’Afrique : Les applications météorologiques constituent un instrument important pour les prévisions climatiques et l’adaptation des communautés aux effets du changement climatique. Quel est le degré de fiabilité des données que vous mettez à la disposition des communautés ?  
Alhassane Adama Diallo : L’ACMAD travaille au niveau continental, donc à une échelle beaucoup plus large. Les phénomènes ou les conséquences des phénomènes se passent à un niveau local. Les produits que l’ACMAD fournit sont essentiellement des produits sur lesquels les services météorologiques nationaux doivent s’appuyer et qu’ils doivent affiner, parce qu’ils travaillent sur un réseau d’observation plus fin. La fiabilité de ces prévisions dépend de plusieurs choses : la qualité des données d’entrée donc un réseau de mesures suffisamment dense, bien entretenu et qui fournit des données fiables ; la qualité du personnel et aussi la qualité des équipements pour le traitement des données et la production des informations.  Donc il y a un certain nombre de facteurs qui concourent à la fiabilité, mais nonobstant tout cela, avec les moyens dont nous disposons les services météorologiques compris, les informations ou les prévisions qui sont fournies sont relativement fiables. 

Lors la dernière campagne d’hivernage au Sahel, les prévisions météorologiques avaient annoncé des précipitations abondantes avec même des risques d’inondations dans certains pays. Malheureusement, ces prévisions ne sont apparemment faussées dans certains pays comme le Niger où l’insuffisance des pluies et leur mauvaise répartition dans le temps et l’espace cette année exposent le pays à une nouvelle crise alimentaire sévère. Comment expliquez-vous cette situation ?

C’est un peu vrai, mais je vais vous expliquer un peu comment est-ce que la prévision saisonnière est élaborée. Elle est faite à partir des prévisions d’un certain nombre de centres au niveau de l’océan qui ont une influence sur la pluviométrie au niveau du Sahel. A partir du moment où les caractéristiques de la température de l’eau à ce niveau changent, immédiatement les conséquences se font sentir à notre niveau. Les prévisions sont faites avec des données jusqu’au mois de mai pour une période étalée sur juillet-août-septembre. Entre temps, les conditions qui prévalaient ont changé, donc les données d’entrée ont changé. Deuxièmement, on avait prévu des inondations. Vous savez, notre sous-région sahélienne, sa caractéristique principale, c’est la très grande variabilité spatio-temporelle au moins de la pluviométrie. Vous avez dans un même pays, au cours de la même saison des pluies, une zone qui est inondée et une zone qui manque d’eau. Et je pense que c’est ce que nous un peu vécu au niveau de la plupart des pays du Sahel dont le Niger. Mais quand vous regardez la pluviométrie globale par rapport à la moyenne, on n’est pas très loin des prévisions. Mais le problème, c’est la répartition dans le temps ; quand les pluies sont enregistrées sur deux mois alors que la saison s’étale sur trois, vous avez un mois où il n’y a rien. Et comme les sols ne retiennent pas longtemps l’eau, les plantes s’assoiffent rapidement et meurent. La conséquence, c’est bien entendu une diminution de la production agricole, la sécheresse. Donc il y a tous ces facteurs qui font que même si les prévisions globales sont justes, des catastrophes peuvent survenir dans un pays donné.

Dans votre communication, vous avez beaucoup insisté sur les produits que vous mettez à la disposition des communautés pour le permettre de prendre à temps les décisions appropriées pour amoindrir les effets pervers du changement climatique. Comment ces produits sont-ils vulgarisés ?

L’ACMAD a un partenaire naturel dans chaque pays qui est le service météorologique national, nous ne pouvons pas nous substituer à ces partenaires locaux. Les produits que nous élaborons sont diffusés à travers plusieurs canaux. D’abord ils sont envoyés aux partenaires dont les services météorologiques nationaux et les partenaires internationaux ; ils sont aussi postés sur notre site web et disponibles également sous forme de bulletins. Donc vous avez toute cette gamme là qui permet à chacun de bénéficier de ces produits. Maintenant, une fois que les services météorologiques nationaux reçoivent les produits interviennent l’utilisation et l’amélioration des résultats par lesdits services et leur diffusion. C’est à ce niveau que se pose le problème le système de vigilance dans nos pays. Vous avez beau faire une bonne prévision d’alerte précoce, si la chaîne de transmission et celle de prise de décisions ne fonctionnent pas, elle ne servira à rien. A partir du moment où on vous dira qu’il y a des risques d’inondations, en fonction de son ampleur géographique ou en terme de quantité d’eau, il faudra qu’on sache qui va prendre telle ou telle décision. Est-ce que c’est au niveau local, est-ce que c’est au niveau national, est-ce que c’est la sécurité publique, comment est-ce que les décisions vont être mises en œuvre ? C’est un ensemble d’acteurs qui doivent concourir à ce que la communauté souffre le moins possible de ces aléas liés au changement climatique. Etant donné qu’on ne peut pas les empêcher mais on peut au moins les voir venir, donc on prend des dispositions pour que le choc soit moins violent.   
Propos recueillis par Issa Ousseini

 

Facebook


ZFacebook - Free Version
  • Photo Title 1
  • Photo Title 2
  • Photo Title 3
  • Photo Title 4
  • Photo Title 5