La crise climatique, les experts et les vécus communautaires - La leçon des populations du Gadiaga-Boundou.

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Moustapha SENE

Telle qu’abordée sous ses différents  angles depuis le début de la Conférence de Durban  et notamment par les  panelistes  qui ont pris part  au side event organisé le dimanche 5 décembre,  au salon « Rainforest » du Pavillon africain  du Centre international des conférences par la United Nations University (Unu) et le Institute for environnement and Human Security (IEHS), il y a des enjeux nouveaux très forts lies à la question du renforcement des capacités des populations africaines.  
L’expertise a pu mettre en évidence ces nouveaux enjeux à la faveur de l’observation et l’évaluation de la mise en œuvre des programmes sur le terrain. Mais sans doute aussi pour  les évolutions qui ont caractérisé les négociations menées sous l’égide des Nations unies sur l’avenir du climat depuis plusieurs années maintenant.
Il est désormais admis qu’au-delà de l’objectif premier du  renforcement  qui vise à capaciter les communautés vulnérables dans le sens de leur donner les moyens d’une véritable résilience aux effets des changements climatiques en vue de conduire leur propre développement, il y a également des enjeux qui portent sur «les façons d’augmenter la surveillance et la revue de l’efficacité du renforcement des capacité».
Les experts de l’Institut pour l’énergie et l’environnement de la francophonie (Iepf),  par exemple, insistent bien sur cette question, dans le guide des négociations qu’ils ont conçu pour les besoins des délégations des pays francophones et africaines à la COP 17 de Durban.
Pour eux, «les pays ont en effet reconnu les difficultés liées au suivi des actions de renforcement des capacités qui accompagnent souvent l’octroi des financements ou le transfert des technologies .Les Parties devront décider des directives éventuelles à communiquer aux mécanismes de financement et des technologies ainsi qu’un cadre pour l’adaptation et autres entités appropriées pour mettre en œuvre et effectuer le suivi des actions de renforcement des capacités menées par ces mécanismes et entités.»
Cette évolution doit certainement quelque chose aux expérimentations menées in situ   avec les communautés concernées par ces programmes comme à celle conduite  dans le cadre du projet «Strengtening the capacity of communities and local institutions to respond to the threats and consequences of climate change in Southern and West Africa».  («Renforcement des capacités des communautés et institutions locales pour faire face aux menaces et conséquences des changements climatiques en Afrique subsaharienne et de l’ouest».)

C’est un projet conjoint de recherche-action  initié au Sénégal et au Malawi par LEAD Afrique Francophone  (LFA), ENDA Tiers Monde et LEAD Southern and Eastern Africa (LSEA), et qui a démarré en juillet 2008.
Du point de vue de son contexte, le projet en question est fondé  sur une évaluation des stratégies courantes qui  révèlent que "les changements climatiques vont constituer dans le long terme, la plus grave des menaces qui pèsent sur le développement et l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement". En ce qui concerne les zones ciblées pour  son intervention, à savoir le Malawi, le Mali et le Sénégal, les stratégies de réduction de la pauvreté qui y sont en vigueur se sont avérées inefficaces pour  la prise en compte des changements climatiques dans les politiques de développement.
Dans le même temps, les communautés locales et les organisations de la société civile, touchées par les changements climatiques ne disposent ni des informations nécessaires et encore moins des compétences requises pour assurer le rôle qui leur incombe de servir d'interface entre les gouvernements et les décideurs en vue de contribuer à l'élaboration de politiques saines et leur mise en œuvre appropriée.
Ce projet  s’était fixé comme objectif de permettre aux communautés, institutions et ONG ciblées, d’acquérir et de développer leurs capacités, afin de faire face aux effets des changements climatiques. Ainsi, ces groupes cibles devraient être capables  d’anticiper et minimiser l’impact des changements climatiques sur les moyens d'existence des populations les plus vulnérables.
A terme, ils devraient être en mesure d'identifier et d'adopter des stratégies d’adaptation permettant de répondre aux impacts des changements climatiques. Et améliorer, en outre, de manière significative leur niveau de connaissances techniques, de même que leurs capacités de collaboration avec d'autres organisations, à travers des échanges d'informations.  Tout cela pour leur permettre de faire enfin entendre leur voix dans les forums politiques.
Le projet devrait permettre également aux communautés locales, institutions et ONG ciblées,  d’acquérir et de développer leurs capacités afin de faire face aux effets des changements climatiques.
Il devrait permettre surtout aux populations pauvres et vulnérables d'anticiper et de minimiser l’impact des changements climatiques sur leurs moyens d'existence. A terme, les bénéficiaires du projet seront mieux en mesure d'identifier et d'adopter des méthodologies à même de répondre aux impacts des changements climatiques.
A l’évaluation, le projet s’est avéré une veritable réussite. Il est devenu ce que  ses concepteurs et les populations locales bénéficiaires appellent «la Plateforme de Bakel-Kayes» et qui est devenue une sorte de laboratoire d'expériences innovantes conduites sous l'égide de différents projets. Il est en train en plus, de donner au programme, les moyens supplémentaires de valider ses hypothèses de travail. Mais aussi de soulever d'autres questions, à la fois conceptuelles et méthodologiques d'envergure, qui touchent aux aspects les plus complexes d'un environnement en mutation rapide du fait de la crise écologique multiforme qui y sévit. Mais qui a aussi permis aux experts, de beaucoup apprendre des populations. Notamment sur la manière dont  elles ont été affectées par cette crise et sur comment elles s'investissent, en vue de s'y adapter et développer, de façon endogène, des stratégies alternatives de survie.

 

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