Un expert sénégalais recentre les débats à Durban - Les Africains ne devraient pas écarter l’atténuation

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Par Mohamed GUEYE

La position officielle du Groupe africain est de se focaliser sur le financement des mécanismes d’adaptation aux Changements climatiques. Le Directeur de l’Environnement et des Etablissements classés (Deec) du Sénégal, M. Cheikh Ndiaye Sylla pense que cette position est erronée et ne permet pas de capter toutes les possibilités de financement.

La République sud-africaine, qui accueille la 17ème Conférence des parties des Nations-Unies sur les changements climatiques, voudrait absolument décrocher un accord à Durban, contrairement à Copenhagen et à Cancùn. Sur le plan de la politique intérieure, cela serait très certainement utilisé par le président Jacob Zuma, pour montrer à ses détracteurs l’efficacité de sa diplomatie. Et au sein des délégations, dans les couloirs, il se raconte qu’un texte d’accord circule entre certains partenaires, dont on espère qu’il obtiendra l’agrément de tous, en particulier des grands pays ou ensemble de pays, pollueurs. Il s’agit en l’espèce, des Etats-Unis d’Amérique, de l’Europe, de la Chine et de l’Inde. Néanmoins, certains experts africains estiment que ce serait une erreur de la part du Contient de se focaliser sur la recherche d’un accord à tout prix.
Le Directeur de l’Environnement du Sénégal, Cheikh Ndiaye Sylla, l’expliquait le lundi 5 décembre 2011à Durban à ses collaborateurs. «Le piège dans lequel on ne doit pas tomber, c’est de se dire qu’il nous faut absolument un accord, et pour cela, accepter de signer n’importe quoi. Mieux vaut parfois se séparer sur un clash, mais au moins, chacun saura ce que les autres pensent. C’est ce que l’on a fait à Copenhagen, et Cancùn s’est bien passé. Ici, quand les gens vont se dire la vérité, les choses iront certainement encore mieux pour le futur.». M. Sylla s’exprimait lors d’un briefing de la délégation nationale sénégalaise, qui devait préparer l’arrivée du Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye, qui doit prendre la parole ce mardi 6 décembre, à la session plénière.
Le Directeur de l’Environnement estime que c’est une erreur pour les Africains d’avoir déclaré que la priorité pour eux était l’adaptation aux changements climatiques. Il pense pour sa part que «l’on ne doit pas écarter les mécanismes d’atténuation, sinon on ne va jamais se développer. Les Africains ont besoin de construire des routes, de s’équiper, et de bâtir une économie. Tout cela ne peut se faire uniquement par le financement de l’atténuation, comme veut le défendre le Groupe africain».
Ce faisant, le haut fonctionnaire se mettait même en porte à faux par rapport à certains de ses collaborateurs. Certains d’entre eux lui ont fait remarquer qu’il rejoignait ainsi la position américaine, qui n’a pas hésité à déclarer que les 100 millions de dollars annuels qui devaient être versés dans le «Fonds Vert» devaient être exclusivement consacrés à l’atténuation, et non à l’adaptation. Ce qui avait soulevé l’opposition des pays du Sud, et contribué au blocage. Et c’est quelque part également, ce blocage qui a incité les pays africains à déclarer que le fameux «Fonds Vert» était une coquille vide, pour laquelle ils ne se feraient pas avoir. Mais M. Sylla a fait remarquer que si l’on veut pousser les Africains à se focaliser sur l’adaptation, au détriment de l’atténuation, ils seront vite abandonnés à eux-mêmes, car même les pays développés ont besoin d’établir des mécanismes d’adaptation, et «eux ont les moyens de financer leurs programmes, et pas nous».
Néanmoins, tout le monde est finalement tombé d’accord pour dire qu’il était nécessaire, pour le Sénégal comme pour tous les autres pays africains, de se préparer à toute la suite qui serait donnée  à ces négociations. Il s’agit pour chacun de préparer des projets, aussi bien d’atténuation que d’adaptation, pour pouvoir capter tous les financements qui se présenteront.

ENCADRE

Fin du Protocole de Kyoto
Le Japon veut accrocher les Africains
Le gouvernement japonais cherche le moyen de se sortir du Protocole de Kyoto, et il courtise les Africains pour qu’ils soutiennent son initiative. Déjà, avant que la délégation sénégalaise ne quitte Dakar, l’ambassadeur de ce pays au Sénégal avait contacté officiellement certains de ses membres pour solliciter un appui.
Néanmoins, ce genre d’initiative avait été fortement critiquée par le représentant du Groupe africain, le Congolais Nsiaka Tosi Mpanu Mpanu, lors de la conférence de presse qu’il a tenue un peu plus tôt dans la journée. M. Tosi avait affirmé ne pas comprendre que «le pays dans lequel ce protocole avait été signé soit parmi ceux qui cherchent à le violer, lançant ainsi l’un des plus mauvais signaux qui soient aux pays en développement».
Cheikh Ndiaye Sylla, en élaborant, a expliqué que les Japonais n’enlevaient rien de nouveau, mais cherchaient seulement à éviter le caractère contraignant de la seconde phase du Protocole, qui devrait entrer en vigueur à la fin du premier, en 2012. Et pour attirer le soutien des pays pauvres, les Japonais veulent proposer un pendant au Mécanisme du Développement propre qui ne soit plus compétitif, où il suffirait de présenter un projet pour qu’il soit éligible. Mais M. Sylla comme ses collaborateurs, n’ont pas manqué d’exprimer leur méfiance en déclarant que le diable se trouvant dans les détails, il fallait que les citoyens de l’Empire du Soleil levant clarifient encore plus leur proposition avant que les gens n’acceptent de s’y lancer.

 

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