Climat et gestion du littoral : l’alibi des aléas ?

« Les principaux agents naturels agents de l’évolution de la plage sont la houle, la dérive littorale et la marée. La houle a une direction nord – ouest en saison sèche. Pendant la saison des pluies, à partir du mois de Mai en Casamance, la direction de la houle alterne. Elle vient du Sud pendant 50% du temps et du Nord pendant 50% également. Les houles du nord sont particulièrement fortes entre décembre et février. La houle induit un courant : la dérive littorale. Ce courant côtier est responsable du transport du sable le long de la côte. Il est dirigé du nord vers le sud pendant la saison sèche ; il alterne pendant la saison des pluies, venant tantôt du nord et tantôt du sud. Cette alternance des courants entraine un ralentissement important dans les apports de sable venant habituellement du nord et favorise l’érosion des plages à cette période », expliquent les experts du Bureau marin de Wwf.
Actuellement, indiquent ces auteurs de la note technique sur l’érosion côtière, la dérive déficitaire en sédiments dans certaines zones du littoral sénégalais. La petite côte, notamment dans sa partie nord (entre Bel-air et Rufisque-Bargny) est globalement déficitaire comme en attestant la faible extension des plages dans le secteur.
« S’il y a la combinaison des marées vives – eaux et une houle forte engendrée par une tempête sur l’atlantique (Nord ou sud suivant la saison), les conditions sont réunies pour qu’il y ait une érosion momentanée le long du rivage. Ces périodes d’érosion sont toutefois restreintes dans le temps et toujours suivies d’une accumulation de sable grâce aux marées moyennes et de mortes eaux et aux houles de relativement faible énergie. Dans certains cas cependant, cette réalimentation en sable est insuffisante par rapport au stock de sable érodé ; la plage est alors en déséquilibre et la ligne de rivage recule », note-on.
Pour ces spécialistes, plus de la moitié des côtes sableuses du monde sont actuellement en érosion. Les taux de recul sont très variables d’une région à l’autre. L’érosion côtière se traduit par un recul à long terme des littoraux. Elle se manifeste chaque fois que, dans le cycle de plage, les accumulations de sédiments n’arrivent plus à contrebalancer les pertes.
Un profil de plage est le résultat d’un équilibre entre les matériels disponibles, les conditions d’énergie et le niveau marin. La modification de l’un quelconque de ces paramètres provoque un changement plus ou moins important du profil. C’est le cas notamment des variations de conditions hydrodynamiques qui peuvent être occasionnelles (houles de tempête, houles de direction habituelles) ou saisonnières.  Dans ce dernier  cas, les modifications morphologiques induites conduisent à la mise en place des profils saisonniers. Cette succession de profils en fonction du régime d’énergie définit un cycle de plage.
Les causes anthropiques  sont incriminées par ces spécialistes comme principaux facteurs aggravant de l’érosion côtière sont multiples. Il y a en premier lieu, le problème des prélèvements de sable marin et du déséquilibre le cycle de plage et induit un bilan sédimentaire négatif (apports inférieurs et prélèvements) et donc déclenche l’érosion du littoral. Celui ensuite de la construction de bâtiments sur plage (cabanons, hôtels, auberges) qui immobilise une bonne partie du stock sédimentaire et empêche sa mobilisation par le courant de dérive. Mais aussi la construction d’ouvrages perpendiculaires à la côte (jetée, canaux d’évacuation des eaux usées) bloque le transit sédimentaire créant un dépôt en amont  et une érosion en aval de l’ouvrage.
La destruction  des écosystèmes de mangrove exacerbe également l’érosion côtière.  Celle-ci est la principale responsable de la disparition accélérée de beaucoup d’écosystèmes et habitats et habitants comme des lagunes, les terres humides, les mangroves et les récifs côtiers, ainsi de leur biodiversité. La qualité des eaux côtières et le paysage côtier se détériorent.  Ce qui menace gravement certaines destinations touristiques traditionnelles et handicape le développement  plus intensif du tourisme.  Une  situation qui, combinée à la détérioration de l’environnement, affecte la subsistance des populations et réduit drastiquement la contribution au produit national brut (PNB) du pays, des ressources côtières.
Le déficit chronique d’apports de sédiments dans la zone littorale, combiné dans un contexte de faible niveau d’élévation de la mer au développement d’activités humaines ayant pour effet de modifier et en particulier de réduire le stock sédimentaires et les autres apports du même genre est considéré comme causes principale du phénomène de l’érosion côtière à Rufisque qui, de l’avis de M. Momar Souaré , Directeur des services techniques de la mairie de cette ville qui est encore en situation de fragilité. Même si la côte a été en partie protégée.
Paradoxalement,  c’est ce dispositif partiel de protection qui a amené les phénomènes connexes qui ont eu pour effet d’entrainer la fragilisation d’autres zones qui n’étaient pas protégées au début (cimetière de Thiawlène  par exemple). Ce qui fait de Rufisque  un cas d’école dans le domaine des études et de l’aménagement des zones d’érosion côtière pour cette raison mise en évidence par l’ensemble de ses autres collègues aménagistes et selon laquelle :  «  L’évolution historique du recul de la côte a pu être retracée et le taux d’érosion annuel quantifié alors autour de 1,30m. Cette situation s’explique par le rôle de la presqu’île qui forme un promontoire qui oblige la houle de nord-ouest à subir une rotation autour de la presqu’île. Cette rotation inverse le sens normal Sud-est de la dérive littorale et crée alors une zone de divergence au droit de Rufisque. La conséquence est une érosion littorale très agressive en certains endroits de cette ville » explique M.  Momar Souaré dans une étude intitulée : « L’érosion côtière à Rufisque : aléas, fatalité ou absence de mesures préventives  pour la protection des riverains du centre de sauvegarde ? » et publiée par Enda-Relais urbain participé (Enda Rup) dans son ouvrage sur  «La réduction des risques de catastrophes naturelles en Afrique de l’ouest et en Afrique centrale : perspectives locales ».
Pour M. Souaré,  il est donc impératif, pour la sauvegarde du patrimoine culturel et historique de la cité  et la restauration des activités halieutiques et des infrastructures, de rechercher des solutions au problème de l’érosion côtière. D’où la nécessité de définir un plan de lutte contre cette érosion et de réaliser un plan d’aménagement de la ville rendue d’autant plus impérieuse que l’érosion côtière observée à Rufisque a provoqué une modification de la côte, avec une avancée de la mer qui s’est accélérée au cours des dernières années.
En effet, explique celui qui était à l’époque le Directeur des services techniques de la Mairie de Rufisque, la position des wharfs à l’escale qui fonctionne au début des années 60 démontre que la mer a avancé de plus de 50 mètres en 40 ans. « Cette situation constitue une grave menace pour les établissements humains du vieux Rufisque, avec des destructions importantes des résidences riveraines bâtiments historiques et riveraines. La digue présente  actuellement plusieurs brèches, ce qui entraine des débordements en période de haute marée alors que sa construction a modifié le comportement des eaux débouchant des canaux d’assainissement pluvial ».

 

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