Climat et établissements humains côtiers : les charmes et servitudes d’une ville amphibie.

Les inondations y avaient été telles que la crue du fleuve mythique dont le nom se confond avec celui de notre pays s'en était allée narguer la houle. Semant la désolation partout mais plus encore de l'autre côté de la bande de terre étroite enserrée par les bras dérivants du fleuve Sénégal et lovée dans  cette partie de l'estuaire et l'Océan Atlantique et qui doit son nom à une curieuse altération du mot "Berbérie", pays des Berbères, en référence au rôle historique de l’Islam, religion amenée ici depuis le XXème siècle par les Berbères almoravides. Clone de Venise et ville de tous les âges, Saint-Louis avait frisé...le déluge. Réminiscences  et retour aussi sur la réalité d'une option majeure en matière d'aménagement dont les conséquences multiples au plan écologique, social, économique continueront encore de soulever des vagues…
La torpeur ambiante était telle, en cette matinée d'Octobre et l'humidité conjuguée à la suffocante chaleur si intenable ce jour là  dans la langue de Barbarie, que l'on avait cru que l'isthme s'était réveillé avec une féroce gueule de bois. Saint-Louis, ce jour là, avait une bien piètre mine.    
La cause de tout cela alors? Suite à une bonne pluviométrie enregistrée dans le bassin du fleuve Sénégal, la situation hydrologique du fleuve qui s’est caractérisée par une crue précoce de 10,22 observée le 11 Août 2003 à la station de Bakel s’est manifestée à Saint louis par une crue quasi-inédite. Laquelle traduite par une montée du niveau du fleuve jusqu'à 1,94 m. Elle a entraînée aussitôt des débordements sur tous les points bas de la ville et dans les environs. Cette situation s'est amplifiée avec les lâchers du barrage de Manantali qui a atteint sa capacité maximale à la côte est une zone très basse, comme presque partout dans les zones littorales.  Une nouvelle situation s’était ainsi  installée dans la zone qui a motivé selon un  témoin et acteur de cet événement majeur, M.  Ibrahima Diop, alors chef de la Division régionale de l’hydraulique de Saint-Louis,  l’ouverture  à 6 kilomètres au sud de la ville, de ce canal de dérivation, c'est-à-dire de cette brèche creusée nuitamment entre le 3 et le 4 octobre 2003.
Le retrait subit des eaux qui, en même temps qu'il avait soulagé les populations des zones inondées comme celles de Pilot dans le Gandiolais et des localités de Pikine, Léona, Diamagueune, Darou et autres qui vivaient dans l'angoisse de vivre, cette année plus durement que les autres, des mois durant sous les flaques nauséeuses  avec toutes les incommodités et risques liés à ces affres pour leurs familles et bien, n'avait cependant pas manqué de susciter quelques angoisses en raison du caractère inédit et brusque d' un phénomène crée. Lequel ne pouvait pas ne pas titiller l'imaginaire collectif des gens si férus de surnaturel de Ndar. Ville de Mame Koumba Bang, génie titulaire et divinité suprême d'un riche panthéon qui habite, comme elle, ce même fleuve.
Ainsi que le Pr. Marie Teuw Niane de l'Université de  Saint Louis l'a noté à l'époque : « A la joie légitime et débordante de populations et des autorités de voir le niveau du fleuve Sénégal s'étaient retirée de plusieurs arches et des enfants jouaient en toute innocence et gaîté sur une bonne partie du lit du fleuve. Ce spectacle presque fantastique (du rarement vu selon les anciens) des piliers séculaires du pont Faidherbe à découvert a suscité maintes supputations, inquiétudes et des conjectures allant d'un optimisme béat à un pessimisme apocalyptique. »… D’aucuns dans cette ville continuaient, en effet, à penser et à être habités par cette peur d'une profanation de la nature qui devait conduire  à une catastrophe.
A Gokhou Mbathie, à l'autre bout de cette bande de terre que se partagent deux pays (la Mauritanie au nord et le Sénégal dans sa partie septentrionale et où se trouve l'embouchure du fleuve) et qui est habitée depuis des lustres par  les pécheurs Saint-louisiens, c'était la même ambiance. Avec un décor similaire de fatras de solides vomis par les eaux et jonchant partout l'endroit, où quelques chèvres et moutons faméliques se disputaient une hypothèque nourriture dans les amas d'immondices à côté desquels,  des "galfaatkat", ces charpentiers locaux spécialisés dans l'ouvrage des pirogues, s'activaient autour des quilles montées sur des escabeaux de fortune.
Sur les reliques, le long du fleuve de ce qui était jusqu'à il y a quelques semaines encore l'asphalte de la corniche goudronnée dont certains doutaient déjà bien avant le déluge des jours passés de la fiabilité des travaux, des chauffeurs de clandos (les "taxis" collectifs déglingués sans phares ni freins, hors de toutes normes de sécurité et de confort qui sont avec les calèches les seuls moyens de transport dans ces lieux) besognaient ferme autour d'une immense crevasse inondée qu'ils cherchaient à remblayer avec des chargements de gravât et de tout venant qu'ils ont dû ,disent-ils, se cotiser pour acquérir. Afin de se frayer un chemin que pourraient arpenter leurs engins sans dommages supplémentaires sur leur carrosserie d'un autre âge.
A la sortie de Sine, tout au fond de Guet Ndar, l’emplacement du quai flambant neuf de débarquement de poisson est déserté par ses occupants habituels. Les mareyeurs, les pécheurs, les femmes transformatrices de poissons et autres porteurs et manutentionnaires sont tous partis.

Probablement à la recherche du poisson qui lui-même, a migré à cette période vers d'autres cieux. En longeant le mur de Ceem, l'antique cimetière des pécheurs contigu à celui de Caaka Njaay où le tout Saint-Louis a enterré ses morts des grandes familles, on est très vite pris les pieds dans la gadoue. La boue est là massive et partout sur ces terres parce que le fleuve qui, dans sa furie des jours précédents, avait noyé une grande partie des maisons et envahi les terrains vagues attenants pour une grande partis s’étaient subitement mis à s'étioler (et plus que des raisons). Livrant ainsi sur les berges fangeuses une énorme quantité d'immondices. Tout ceci à la faveur d'une embouchure artificielle créée à la va-vite, loin du regard des Saint-louisiens pour régler justement le douloureux et récurrent problème des inondations auxquelles ceux-ci ont été presque confrontés et qui cette année avait quand même pris des proportions jamais égalées.

 

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