Savoirs endogènes sur les changements climatiques, Le chercheur en tant qu’archéologue

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Par Moustapha SENE

La question de la participation communautaire dans l’apprentissage et le partage des connaissances sur les changements climatiques dont il a beaucoup question au cours de ce panel, ne saurait être envisagé sans que l’on ne tienne compte de la valorisation des savoirs locaux et des pratiques endogènes  ancestrales relatives aux relations entretenues depuis la nuit des temps entre ces communautés autochtones et leur milieu de vie.
En insistant sur cette dimension du problème, l’Honorable député Abdoulaye Sène n’a pas fait que réagir en tant que président du réseau des parlementaires africains en charge des questions d’environnement, d’aménagement et de développement durable.

La question de la participation communautaire dans l’apprentissage et le partage des connaissances sur les changements climatiques dont il a beaucoup été question au cours de ce panel, ne saurait être envisagé sans que l’on ne tienne compte de la valorisation des savoirs locaux et des pratiques endogènes  ancestrales relatives aux relations entretenues depuis la nuit des temps entre les communautés autochtones et leur milieu de vie.

En insistant sur cette dimension du problème, le député sénégalais Abdoulaye Sène n’a pas fait que réagir en tant que président du réseau des parlementaires africains en charge des questions d’environnement, d’aménagement et de développement durable.  Il a aussi certainement réagi en tant que leader politique ayant une longue expérience des réseaux interdisciplinaires de recherche et d’action. Mais sans doute en plus, en tant que fils d’un terroir ancestral, la région naturelle du Sine, terroir d’estuaire à l’orée du Parc du Delta du Saloum avec ses spécificités éco-biologiques  qui lui ont valu d’être classée Réserve de la Biosphère, vaste de 234 000 hectares, dont  près de 60 000 hectares de mangrove).

Zone humide côtière classée sixième estuaire au plan mondial, pour sa diversité en termes de poissons, aujourd’hui dangereusement menacée par toutes les conséquences néfastes des changements climatiques (érosion marine, sécheresse, salinisation des sols du fait de la rareté des pluies etc.), sa situation climatique interroge. Et il est donc normal que celui qui connait la zone  s’interroge sur sa survie au plan écologique,  sur ce que valoriser nos éco-sciences locales  peut apporter  à la bonne approche des problèmes de gestion de cet espace naturel et sur ce que cet effort de conservation peut impliquer sur le plan humain.  Cela en  prenant en considération le postulat de Ahmad Faye, selon lequel, «la vie et le destin des hommes étant pour une bonne part tributaires des systèmes humains qui les côtoient, la lecture de l’évolution de la nature et des rapports entre l’homme et ce qui l’entoure se réfère de plus en plus à un cadre conceptuel».

De Paul Pelissier, il y a plusieurs décennies jusqu’au révérend Père Henry Gravrand, l’auteur  des célèbres ouvrages «Cosaan » et de «Pangol», en passant par Marguerite Dupire, ils sont nombreux les observateurs à avoir noté le soin apporté par les Seereer autochtones de ce terroir, à la préservation de leur environnement animal et végétal.

«Le modèle Seereer de conservation est conçu comme un rempart contre la fragilité des écosystèmes humains. Et le Sereer semble si conscient de  cette faiblesse que dans sa quête d’harmonie et d’équilibre, il ne peut s’empêcher de convoquer toutes les énergies de son corps et de son âme pour récuser ou exorciser cette idée de finitude qui hante son existence.», explique M. Faye.

Cette dimension symbolique solennellement reconnue comme quelque chose d’essentiel dans l’imaginaire collectif des populations Niominka (les pêcheurs Seereer des îles du Saloum et des environs) explique, sans nul doute, le grand engouement manifesté par celles-ci, chaque fois qu’il est question de lutter pour la sauvegarde de l’environnement. Elle donne aussi à comprendre le pourquoi de leur adhésion totale à toutes les initiatives visant à préserver leur écosystème de toutes les formes de prédation.

L'historien et africaniste burkinabè Joseph Ki-Zerbo  regrettait que «les spécialistes des sciences sociales, les artistes, les cinéastes n’exploitent pas à sa juste valeur  le potentiel  d’ébranlement intellectuel et émotionnel dont sont chargés les mythes, les récits d’origine et les cosmogonies qui sont d’une richesse prodigieuse».

Le Professeur Ki-Zerbo en est d'autant plus convaincu qu'il existe un peu partout en Afrique des ressorts anthropologiques extraordinaires permettant aux africains  d'anticiper sur des situations écologiques similaires ou de s’y adapter sans grands risques, d’éviter ou de régler les conflits éventuels entre les individus et les groupes que ces situation de marasme et de détresse collective peut créer ; il s’agit entre autres, de la parenté à plaisanterie, des modèles communautaires de gestion de l'espace et des ressources en dehors de toute occurrence de conflits comme la " Diina " de Cheikhou Oumar Foutiyou Tall. Ou encore ces cosmogonies écologistes en vigueur presque partout dans le continent respectueuses, toutes, des équilibres nécessaires entre l'Homme et son milieu naturel.

 

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