Enjeux de la communication - Créer des solidarités pour une information citoyenne

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La Directrice de l'Institut Panos Afrique de l'Ouest (IPAO), Diana Senghor, plante le décor de la thématique relative à la Convergence de la communication qui sera en débat ce vendredi 11 février.

Flamme d'Afrique : Pouvez-vous nous présenter la convergence de la communication?

Diana : C'est la convergence d'organisations qui travaillent pour une information citoyenne. A ce Forum de Dakar, il y a des organisations mondiales comme Inter Press Service (IPS), pour la presse écrite qui est présente sur plusieurs continents et l'Amarc pour les radios ; il y a également des organisations régionales, comme l'Institut Panos Afrique de l'Ouest et des organisations régionales brésiliennes comme Siranda ou encore nationales, à l'instar d'Alternative Niger. C'est donc la convergence de tous ces niveaux de production de l'information citoyenne qui se rencontre aujourd’hui. Mais la convergence n'est pas seulement sur la production d'une information citoyenne, elle s’intéresse aussi aux conditions de production de celle-ci.

Flamme d'Afrique : Comment envisagez-vous les échanges ?

Diana : Il sera certainement question de voir dans quelle mesure faciliter les cadres dans lesquels s'opère l'information, à savoir le juridique, le politique, l'économique et le facteur technologique, qui n'est pas à négliger. Il sera donc question de voir comment on s'approprie ces technologies dans des contextes différents. En outre, le producteur de l'information change, parce que les technologies changent. On mettra aussi l'accent sur le journalisme citoyen.

Flamme d'Afrique : Quels problèmes identifiez-vous au niveau de ce type de communication ?

Diana : Le problème de la communication citoyenne est qu'il doit affronter de manière pas très égale l'information marchande ou politique. Encore que les deux sont souvent liées. Dans les pays africains, l'information est détenue par les politiciens qui détiennent aussi l'argent. Dans d'autres parties du monde, plus développées et industrialisées, ce sont les personnes qui détiennent l'argent, qui contrôlent l'information. Elles ont des liens avec le politique qui va contrôler l'information de manière indirecte. Et la concurrence est inégale, peut-être même dans les pays développés que dans nos pays africains. Du point de vue du Sud, on a beaucoup de mal à produire une information indépendante et critique. Ça tient de la manière dont l'information dont ont besoin les journalistes est produite.

Flamme d'Afrique : Faut-il alors croire que tout est perdu ?

Diana : Pas du tout ! Il est désormais question de faire des propositions. L'Afrique est toujours au cœur des enjeux géopolitiques, sauf que les acteurs dominants sont en train de changer. Il y a cette question de pays émergents. Quelle information sommes-nous capables de produire sur les relations entre l'Afrique et les pays émergents? L'or est exploité au Sénégal par l'Afrique du Sud, tandis que les terres sont vendues à la Chine ou aux pays du Golfe. Comment peut-on avoir plus d'informations sur ces relations, et comment nos collègues de ces pays peuvent nous aider à produire cette information ?

Cette année, il y aura un sommet Inde-Afrique. Comment les journalistes africains vont le couvrir, pas autrement que de manière superficielle ? Comment vont-ils faire des enquêtes sur tous les secteurs dans lesquels l'Inde a des intérêts en Afrique ? Comment les collègues indiens peuvent aussi rapporter à leurs opinions publiques ce que l'Inde fait sur le continent ? On peut faire ce même questionnement pour la plupart des pays émergents. Comment entamer des coopérations entre journalistes des pays émergents et ceux des pays africains ?

Le cadre de production de l'information est limitatif sur le continent. Le cas des radios communautaires, qui ne sont pas autorisées à produire des informations politiques, illustre bien cette incongruité. Elles ne peuvent pas produire une information citoyenne. Comment les droits permettant à ces radios d'exercer de la politique sont usités ailleurs, comme c'est le cas en Amérique Latine ? La situation a changé là-bas après de longues luttes. Comment échanger sur ces expériences pour obtenir ce que les autres ont eu précédemment ?

En ce qui concerne les technologies de l'information et de la communication, toujours en Amérique latine, et plus récemment au Maghreb, le mobile, l'internet, notamment les réseaux sociaux ont été utilisés pour accroître l'espace d'expression des citoyens. Je pense qu'il y a des expériences ailleurs ; il faut donc que dans la durée, on puisse les connaître en Afrique et les échanger. La convergence existe entre les pays développés et les pays africains ; l'enjeu à l'heure actuelle est de chercher à savoir comment créer des coopérations, créer des solidarités, pour une information citoyenne entre les pays émergents et les pays africains.