Editorial : Une femme, une voix

Trois années ne suffisent pas pour changer des normes qui façonnent une société et régulent les rapports en son sein depuis des millénaires. Mais au regard des mutations qui apparaissent dans différentes sphères, des repères qui évoluent pour une autre représentation du monde, des tendances lourdes caractérisent un avenir qui commence à s’écrire. La loi sur la parité, votée en mai 2010 par l’Assemblée nationale, est devenue une réalité qui commence à restructurer les espaces publics de proposition et de décision, à des niveaux stratégiques et opérationnels.

La parité constitue également un nouveau paradigme qui, dans tous les milieux socioprofessionnels, religieux, politiques, etc., instaurent des débats, voire des polémiques. Les résistances sont fortes dans une société patriarcale où la prééminence de l’homme est une question de dignité, de pouvoir, de préceptes et simplement d’avantages acquis. Mais les mobilisations sont tout aussi fortes, qui font que, avant la loi et après la loi, des organisations de la société civile, notamment celles qui s’engagent dans les questions de femmes, mènent un travail de sensibilisation, de consolidation et de promotion des acquis, dont l’impact est significatif.

Pour le troisième anniversaire du vote de la loi sur la parité, qui se célèbre ce mardi 14 mai, c’est cette même dynamique qui guide l’Institut Panos Afrique de l’Ouest, Article 19 et le Caucus des femmes Leaders du Sénégal. Ce supplément accompagne les manifestations qu’ils organisent pour marquer l’événement.

Pour des organisations œuvrant en faveur de la promotion et du respect de la liberté d’expression et de l’accès à l’information, l’opportunité a été saisie pour insister sur l’importance de ces droits dans la promotion de la parité et la participation effective des femmes dans les instances de décisions.

La liberté d’expression et l’accès à l’information sont des droits à enjeux multiples. Enjeux de savoir, de pouvoir, mais aussi de domination. Autour des femmes, les réseaux et les canaux sont parfois obstrués, voire coupés. Les espaces publiques de débat leur sont fermées ou leur accès limité.Dans la sphère privée, l’assujettissement tue la communication.Ainsi l’ignorance s’organise sur ce qui les concerne. Ce qu’elles savent est formaté pour assurer une reproduction des privilèges établis et perpétuer le pouvoir des monopoles masculins.

Bâtir des sociétés plus justes et plus humaines, dans nos pays, appelle des changements systémiques. Notamment pour une meilleure inclusion des femmes dont l’imagination inventive et les capacités d’initiatives sont reconnues pour faire face aux crises multiformes actuelles(financières, économiques, alimentaires, etc.) qui agressent les familles et les communautés. C’est aussi une déni démocratique que d’organiser et laisser se perpétuer la minorisation de ce qui est aujourd’hui une majorité évidente au sein de la population.

En matière de liberté d’expression et d’accès à l’information pour les femmes, ce supplément jette un regard sur les expériences, les acquis, les limites et les faiblesses vécues dans quatre pays de la sous-région ouest-africaine : le Sénégal, le Mali, le Niger et la Guinée.Il éclaire aussi les opportunités qui s’offrent, non encore suffisamment exploitées, dans des Etats qui se cherchent des repères avec des processus démocratiques en construction. Il montre également que les leviers sont dans les évolutions technologiques qui repoussent les limites à l’expression et à l’information.

Trois ans le vote de la loi sur la parité des Bastilles sont encore à prendre, mais au pied de la tour les échelles se posent les unes après les autres.  Tidiane Kassé

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