Entraves à l’accès des femmes à l’information : Entre l’analphabétisme et les sournoiseries masculines

Entraves à l’accès des femmes à l’information : Mme Halimatou Zakou, 43 ans, n’a jamais mis pied à l’école. A Zamkoy-Koïra, un hameau du département de Boboye où elle vit avec son époux et leurs 7 enfants, dans l’ouest du Niger, les femmes évoluent dans des marges tracées par les hommes, confinées dans des corvées domestiques du matin jusqu’à la tombée de la nuit. Les voies pouvant leur permettre de sortir de ce cercle aux horizons limités paraissent bouchées.

 «Nous n’avons aucun regroupement féminin formel dans ce village par manque du soutien qu’on dans certains villages qui nous entourent. Les seules informations dont nous disposons sont celles que nos époux, qui écoutent la radio, veulent bien partager avec nous», déclare Zakou, avec une voix résignée. En encore, «pour une femme qui n’a jamais fréquenté l’école, la seule chose qui compte c’est de s’occuper de son foyer ; la participation à la gestion des affaires publiques est réservée aux citadines instruites», ajoute-t-elle. «D’ailleurs, c’est seulement à l’occasion des campagnes électorales que nous voyons des politiciens venir solliciter nos voix en nous promettant des réalisations ; une fois les élections terminées, nous retombons dans l’anonymat», poursuit Halimatou. Dans cette pratique établie, elle ne perçoit guère «le type de participation» qu’elle pourrait « apporter dans la conduite des affaires publiques».  

L’analphabétisme, au Niger, touche 71% des adultes, dont 53,9% de femmes, selon l’Institut national de la statistique (Ins). C’est l’un des principaux facteurs compromettant l’accès à l’information des femmes et leur participation active à la gestion des affaires publiques. Enseignante syndicaliste à Niamey, Mme Adama Seydou confie : «Cet analphabétisme affecte davantage les femmes des zones rurales où vit la majorité de la population. Vous conviendrez avec moi qu’une femme évoluant dans un environnement où dominent les valeurs traditionnelles et les préjugés et qui n’a pas eu la chance d’aller à l’école éprouve des difficultés à faire valoir ses opinions au sein de son foyer, à fortiori dans les instances de décisions engageant la vie de la communauté villageoise.»

Jusque dans les organisations de la société civile et dans les partis politiques, les femmes sont contraintes de mener une lutte acharnée pour s’affirmer et prétendre aux mêmes postes que les hommes. Selon Mme Aïssata Mounkaïla, première femme députée au Niger, «cette lutte se mène d’abord au sein de la famille contre les pesanteurs socioculturelles. Mais aussi contre la discrimination au sein des partis politiques où les réunions décisives se tiennent à des heures tardives de la nuit, ce qui exclut facilement la femme appelée à aller remplir ses devoirs au foyer».

Un travail profond reste à mener pour faire évoluer les mentalités par rapport aux rôles et responsabilités des femmes. «Dans nos sociétés, les stéréotypes sexistes sont encore vivaces, y compris dans les grands centres urbains où certains considèrent toujours que la place de la femme est au foyer, pas dans les débats politiques. Et cette perception nous affecte aussi malgré la scolarisation dont nous avons bénéficié», souligne la syndicaliste Adama Seydou.

Devant ces entraves, l’accès à l’information reste une donnée fondamentale pour faciliter la participation des femmes au débat public. Car jusqu’ici les mécanismes d’exclusion restent forts et font que «les femmes se contentent de postes d’exécution ou jouent le rôle d’instruments de mobilisation. Et une fois les fruits récoltés, les hommes s’offrent les grosses parts du gâteau. Mais Dieu merci, de plus en plus de femmes commencent à comprendre et savent ce qui les conduit à la politique», soutient Mme Aïssata Mounkaïla.  Ousseini Issa 

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