Guinée – Accès à l’information: Une loi, juste une loi et tout reste à faire

L’accès à l’information a été reconnu comme un droit fondamental dans plusieurs traités internationaux ratifiés par les Etats africains. La Charte africaine des Droits de l’homme et des peuples en fait partie, qui consacre un droit contribuant à la réalisation effective des autres droits, y compris les droits socio-économiques tels que l’éducation, la santé, etc. Il s’agit également d’un outil central dans l’établissement d’une gouvernance transparente et responsable. Seulement, en Afrique de l’Ouest, disposer d’une loi sur l’accès à l’information est un privilège dont ne bénéficient que les citoyens de quatre pays. Dont la Guinée. Encore faut-il qu’elle soit opérationnelle. Le contexte s’y prête, mais la réalité est moins souriante.

Si la question de la participation citoyenne a évolué en Guinée, cela est à lier à  l’évolution du contexte médiatique. Et les limites qui se dressent encore n’occultent pas le chemin parcouru. Au cours des deux dernières décennies, la Guinée qui ne comptait qu’un organe d’information en 1984 a enregistré la naissance de plus d’une centaine de journaux. Dès l’avènement du multipartisme, la plupart de ces publications ont joué un rôle important dans la vie politique. Jusqu’alors, il était difficile de parler d’accès à l’information avec un paysage médiatique qui se résumait à une station de radio nationale créée en 1958, une télévision créée le 14 mai 1977, un quotidien (Horoya) et une agence de presse (Agence guinéenne de presse) créé le 30 décembre 1960. La presse privée n’avait pas droit de cité.

A la faveur du changement politico-institutionnel intervenu en 1991, les changements ont été rapides. Le Conseil national de la  communication a recensé depuis lors 248 journaux (beaucoup ne paraissent pas régulièrement), près de 150 radios et une cinquantaine de sites d’informations générales. Cette ouverture, renforcée par la décision gouvernementale du 20 août 2005 autorisant la libéralisation des ondes, a eu un effet accélérateur qui peut s’améliorer encore. Car si la presse écrite privée bénéficie d’une subvention annuelle de 800 millions de Francs guinéens (environ 60 millions de francs), il est question de revoir cette subvention à la hausse avec l’avènement des radios privées et des médias électroniques.

Mais l’une des avancées majeures de ces dernières années reste l’adoption de la loi du 24 novembre 2010 portant droit d’accès à l’information publique. Une disposition juridique qui a suscité beaucoup d’espoirs au niveau des acteurs du changement et des défenseurs de la liberté d’expression. Malheureusement elle tarde à devenir opérationnelle et laisse les citoyens dans un état de manque presque total. Les médias d’Etat restent au service du pouvoir, la presse privée verse dans la critique, mais les informations souffrent de qualité du fait d’un accès limité aux sources dans des domaines importants pour la vie nationale.

Une meilleure information aide à la bonne gouvernance quand elle permet une implication citoyenne des gouvernés, pousse les autorités à rendre compte de leurs actes, contribue à une veille sur les institution, améliore les aptitudes du gouvernement à définir des politiques appropriées et à prendre des décisions en temps voulu, etc.

Avec l’émergence d’une société civile pluraliste, l’accès à l’information n’est plus seulement un combat pour la presse. Dans la phase actuelle de démarrage du processus démocratique, celle-ci a beaucoup à faire dans la prise en charge des enjeux démocratiques, à travers la bonne information, la sensibilisation et la mobilisation pour un Etat de droit.

Des organisations comme le Conseil national de la société civile, le Cecide, la plupart des organisations de défense des Droits de l’homme et d’autres partenaires étrangers ont déployé des efforts importants pour favoriser l’accès des citoyens à l’information et accroitre la transparence et la participation citoyenne. De même, ils ont organisé de nombreuses formations en direction des professionnels des médias et des acteurs de la société civile sur des questions d’éthique et de déontologie, de liberté d’expression et d’accès à l’information.  Kadiatou Diallo

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