NIGER – meilleur accès à l’information par les femmes : La touche pratique des acteurs associatifs

Membre du bureau national du Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire (Rotab–Pcqvp Niger), une structure locale spécialisée sur les questions extractives et l’analyse budgétaire, Mme Naomi Binta Stansly est fréquemment sur le terrain. Dans le cadre de la sensibilisation et de la formation des populations des régions minières et pétrolières du pays, son agenda ne lui laisse guère de répit. Native d’Arlit où la société française Areva exploite l’uranium nigérien depuis plus d’une quarantaine d’années, elle justifie son engagement pour la transparence sur les industries extractives par «les injustices dont sont victimes les populations des zones d’extraction, privées qu’elles sont de leurs droits par manque d’information et de formation sur les activités des compagnies et les ressources qu’elles génèrent».

Sur le terrain, une préoccupation constante l’anime. «Nous exigeons toujours une participation des femmes en nombre significatif. Car elles ont droit à l’information et à la formation sur les questions extractives et budgétaires au même titre que les hommes. Surtout qu’elles sont plus soucieuses du sort de la communauté lorsqu’elles sont bien outillées». Cette démarche, pour Mme Naomi Binta Stansly, procède du souci de créer «les conditions d’une meilleure implication des femmes dans la gestion des communes. Grâce à nos formations sur le budget participatif, beaucoup de femmes rurales, n’ayant jamais fréquenté parfois, savent c’est quoi un budget, comment il est monté et comment il doit être exécuté ; ce qui leur permet de suivre son exécution et de demander des comptes aux élus locaux qui dirigent les communes».

De nombreuses structures de la société civile nigérienne mènent des activités de renforcement de capacités similaires, afin de permettre aux femmes de mieux revendiquer leurs droits en tant qu’actrices de développement à part entière. «Ces initiatives privées contribuent assurément à améliorer la participation effective des femmes au débat public, devant le déficit d’application des instruments juridiques nationaux et internationaux ratifiés par le pays pour promouvoir justement leur pleine implication», estime Haoua Boubacar, une activiste des droits humains.

Parmi ces instruments, on peut citer la loi du 7 juin 2000 sur le quota, qui institue un seuil minimal de 25 % de représentation des citoyens de l’un ou l’autre sexe pour toute nomination aux postes supérieurs de l’administration publique ou du gouvernement et de 10% pour les fonctions électives. Cette disposition juridique, selon l’ancienne ministre nigérienne en charge de la Promotion des femmes, Mme Foumakoye Nana Aïchatou, «a permis d’enregistrer une avancée significative dans la représentation des femmes aux instances de prise de décision à tous les niveaux». La présence des femmes dans le gouvernement est ainsi passée de 16,6% au début de la décennie 2000 à 25% aujourd’hui. Au niveau du parlement, on est passé d’une seule femme sur 83 députés sous la 4e République à 15 sur 113 élus nationaux sous la présente législature.

Hormis cette loi du 7 juin 2000, le Niger s’est aussi doté, depuis 1996, d’une Politique nationale de promotion de la femme, d’une Loi d’orientation du système éducatif qui renforce le caractère obligatoire de l’enseignement primaire et l’accès non discriminatoire à l’éducation pour tous depuis 1998. Le Niger a aussi ratifié de nombreux instruments juridiques internationaux, régionaux, législations nationales garantissant l’égalité entre les sexes. Malheureusement, ces outils de promotion de la femme sont souvent méconnus, dont sorte que les gouvernants ne sont pas interpellés par rapport à la non-mise en œuvre des dispositions qu’ils contiennent. Ousseini Issa

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