SENEGAL – PARTICIPATION CITOYENNE: Ce que femme veut, femme rejette

C’est dans un brouhaha que prend fin, la conférence de presse. Le Conseil sénégalais de femmes (Cosef), des organisations de la société civile et des syndicats s’étaient mobilisés pour interpeller le président de la République suite à la nomination des membres du Conseil  économique, social et environnemental. Au mépris de la loi sur la parité, le ratio homme/ femme avait été foulée du pied. Sur les 120 conseillers, seules 23 sont des femmes, soit 27,6 %. Devant une assistance dominée par les femmes, les discussions gagnent en intensité.  

Des voix s’élèvent pour justifier pour crier que la parité ne constitue point un handicap pour la société sénégalaise, qu’elle est un facteur de respect du droit d’expression, de participation à la citoyenneté et d’accès aux fonctions électives. Une femme d’âge mûr anime la conversation avec un petit groupe. Son souci est d’insister sur le fait que quand il est question de parité, on peut  revendiquer les droits de la femme partout excepté au sein du foyer. La petite assistance éclate de rire.

Le lendemain, le point de presse fait l’objet d’une large diffusion dans la presse.

Quelques jours plus tard, dans un coin calme du quartier de Colobane, l’événement est créé par deux femmes qui animent une cellule politique. On interpelle la présidente Amy Diouf. Dans l’incapacité de répondre aux questions, elle se réfère à la vice-présidente. Sur la question de la parité, Mme Khady Diatta balaie l’air. Pour elle, cette loi n’était qu’«une ruse de l’ancien président de la République pour amadouer la population féminine et l’enrôler». La pertinence de la participation citoyenne des femmes ne lui paraît guère nécessiter une telle disposition juridique. Plus encore, «la femme ne peut pas être l’égale de l’homme».

La cellule que dirigent Mme Diouf et Diatta regroupe une centaine de femmes. La direction n’est pas facile et le groupe n’est pas loin de voler en éclats. Déficit d’encadrement, déficit d’information et d’engouement sont les maux évoqués ici ou là. La cellule se prépare pour une participation aux élections locales de 2014, mais la mobilisation semble difficile à assurer.

L’affirmation des femmes sur les devants de l’arène politique sénégalaise ne se fait pas sans difficulté. Il faudra encore du travail pour vaincre les réticences des hommes qui détiennent encore l’essentiel des pouvoirs. Dans ce quartier de Colobane ou il est tailleur, Mamadou Gaye n’est guère indifférent à l’actualité politique. Quand on évoque la question de la parité, il lâche avec un sourire espiègle : «Le peu de connaissance que j’en sais du sujet, c’est avec les chansons de Coumba Gawlo et de Fatou Guéwel Diouf». Plus sérieux, il dit comprendre «les réticences notées au niveau de la majorité de la population». Selon lui, «il n’y a pas assez d’informations préalables sur les tenants et les aboutissants de la loi. De  sorte que quand les dignitaires religieux ont fait référence à la Charia pour la rejeter, la population s’est alignée sur eux».

Mamadou Gaye a cependant en lui une conviction : «Les femmes peuvent renforcer le développement, avec le changement de certaines pratiques sociales. Leur contribution financière dans leurs foyers respectifs montre l’étendue de leurs possibilités».  Reste à trouver le lien entre ceci et cela.

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